C'est le scénario que tout le Maroc redoutait. Au lendemain du match nul concédé face à la Norvège (1-1), le couperet est tombé : Abdessamad Ezzalzouli est forfait pour la Coupe du Monde 2026. Victime d'une entorse du ligament interne du genou droit, l'ailier du Real Betis cède sa place dans la liste à Amine Sbaï. Dans le même temps, Noussair Mazraoui, touché à l'épaule, manquera au minimum le choc d'ouverture contre le Brésil. À six jours d'entrer dans son tournoi, Mohamed Ouahbi doit déjà redessiner ses plans.
Une première période de référence, puis le tournant des changements
Le contenu avait pourtant de quoi rassurer. Aligné dans ce qui ressemblait fort au onze type prévu pour l'entrée en lice, le Maroc a livré une première mi-temps de grande qualité : pressing coordonné, transitions tranchantes, maîtrise du tempo. La récompense est tombée dès la 8e minute, quand Brahim Díaz, lancé dans la surface par Ezzalzouli, a parfaitement conclu. Le meneur du Real Madrid, meilleur buteur de la dernière CAN, continue d'envoyer des signaux forts avant le grand rendez-vous.
Tout n'était pas parfait pour autant. Dans l'entrejeu, Azzedine Ounahi est resté trop discret dans l'animation, peinant à peser sur le jeu. Et la physionomie a basculé en seconde période : comme souvent lors d'un dernier galop, Ouahbi a fait largement tourner. Conséquence directe, le Maroc a cédé la possession et laissé la Norvège prendre le contrôle. Logiquement, le capitaine Martin Ødegaard a égalisé à la 74e minute d'une frappe précise (1-1). Le résultat comptait peu. La facture médicale, elle, allait s'avérer salée.
Le verdict est tombé : Ezzalzouli out, Mazraoui forfait pour l'ouverture
Le coup le plus dur concerne Ezzalzouli. Touché à la jambe droite après un contact sur corner — percuté par l'un de ses coéquipiers — l'ailier du Real Betis avait quitté la pelouse à la mi-temps, remplacé par Soufiane Rahimi. Les examens ont confirmé le pire : une entorse du ligament interne du genou droit, assortie d'une indisponibilité estimée à trois à quatre semaines. Autrement dit, l'un des principaux créateurs des Lions de l'Atlas est forfait pour le Mondial. Un crève-cœur pour le joueur de 24 ans, 37 sélections, qui devait tenir un rôle majeur dans le dispositif offensif marocain.
Second dossier, moins grave mais lourd de conséquences à court terme : Noussair Mazraoui. Aligné au poste de latéral gauche — Hakimi occupant le couloir droit — le défenseur de Manchester United, touché à l'épaule, a écopé d'environ dix jours de repos. Une durée qui l'écarte du choc d'ouverture face au Brésil le 13 juin, mais qui ne compromet pas le reste de sa compétition : il pourrait être de retour face à l'Écosse (19 juin) puis à Haïti (24 juin). Il conserve donc sa place dans la liste des 26.
Ces deux coups d'arrêt s'ajoutent à des incertitudes préexistantes. Nayef Aguerd, de retour à l'entraînement collectif, suit un protocole spécifique après des mois sans jouer. Chemsdine Talbi (Sunderland), déjà diminué, vise lui aussi l'ouverture. La gestion de l'infirmerie sera l'un des grands défis de Ouahbi tout au long du tournoi.
Sbaï appelé en renfort, et un latéral gauche à inventer face au Brésil
Pour pallier l'absence d'Ezzalzouli, le staff a immédiatement activé son joker : Amine Sbaï. L'ailier d'Angers, qui figurait parmi les réservistes, est officiellement intégré à la liste des 26. Au-delà de ce renfort, Ouahbi dispose d'options internes pour animer le côté gauche : Soufiane Rahimi, entré à la place d'Ezzalzouli dimanche, le jeune Yassine Gessime (Strasbourg) ou Ayoube Amaimouni (Eintracht Francfort). Sans oublier que Brahim Díaz peut décrocher plus large et que Bilal El Khannouss offre une solution dans le couloir.
Le vrai casse-tête se situe surtout au poste de latéral gauche pour le match contre le Brésil. Mazraoui forfait, Ouahbi devra trancher entre Anass Salah-Eddine (PSV), défenseur gauche de formation, Youssef Belammari (Al-Ahly), entré à la place du Mancunien dimanche, ou une solution plus inattendue avec Zakaria El Ouahdi (Genk). Une chose est sûre : Hakimi, lui, restera sur son flanc droit.
Ce que dit le règlement : le Maroc vient de l'appliquer
Le remplacement d'Ezzalzouli par Sbaï illustre parfaitement le cadre fixé par la FIFA. Un joueur de la liste des 26 ne peut être remplacé qu'en cas de blessure grave ou de maladie sérieuse, et seulement jusqu'à 24 heures avant le premier match de la sélection. Le Maroc débutant le 13 juin, la fenêtre se referme le 12. Toute substitution doit être validée par la Commission médicale de la FIFA, et le remplaçant doit figurer sur la liste préliminaire transmise en amont — ce qui est le cas de Sbaï, réserviste de longue date. Une fois retiré, un joueur ne peut plus être réintégré.
C'est tout l'enjeu de la différence de traitement entre les deux blessés. Ezzalzouli, écarté pour plusieurs semaines, n'avait aucune chance de revenir : le remplacer était logique. Mazraoui, lui, n'est éloigné que d'une dizaine de jours : le sortir de la liste reviendrait à renoncer définitivement à un cadre susceptible de réapparaître dès le deuxième match. Le staff fait le pari de la patience. À noter une exception : seuls les gardiens peuvent être remplacés à tout moment du tournoi. Pour les joueurs de champ, l'effectif est figé dès le coup d'envoi du premier match.
Le Maroc n'est pas seul à composer avec ces contraintes. Chez son futur adversaire, le Brésil a déjà perdu son latéral Wesley, forfait après une blessure — Carlo Ancelotti choisissant pour l'instant de ne pas lui désigner de remplaçant. Preuve que, même chez les favoris, la dernière ligne droite avant un Mondial relève du parcours du combattant.
Un Maroc amputé, mais toujours ambitieux
Malgré ces tuiles, la dynamique d'ensemble reste solide. Avant la Norvège, les Lions avaient soigné leur préparation en dominant Madagascar (4-0), portés par un doublé d'Ismaël Saibari. L'ossature est en place, l'identité de jeu est claire et la profondeur d'effectif, illustrée par l'arrivée de Sbaï, permet d'absorber les chocs. Reste que perdre Ezzalzouli pour le tournoi et Mazraoui pour l'ouverture constitue un handicap réel face à une Seleção lancée. À Mohamed Ouahbi, désormais, de transformer ce contretemps en démonstration de la fameuse profondeur marocaine.
