Lekjaa brise le silence : Le Maroc, un acteur trop influent ?
Fouzi Lekjaa, l'homme fort du football marocain, a pris la parole. Dans un entretien accordé à Onze Mondial, le président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) n'a éludé aucune question, y compris les plus épineuses. Au cœur des débats qui agitent les coulisses du football africain, la rumeur persistante d'une mainmise marocaine sur la Confédération Africaine de Football (CAF) a été directement abordée. Sa réponse, cinglante, se veut une mise au point à l'attention de ceux qui voient dans l'activisme marocain une forme d'hégémonie.
« On ne peut pas le reprocher au Maroc », a-t-il lancé, balayant d'un revers de main les allégations. Pour Lekjaa, l'implication du Royaume n'est pas une tentative de prise de contrôle, mais la simple manifestation d'un engagement profond et légitime pour le développement du football continental. Une position ferme qui ne surprend guère, tant le dirigeant est connu pour sa pugnacité et sa capacité à défendre les intérêts de son pays sur la scène internationale.
L'activisme marocain : ambition légitime ou influence démesurée ?
Le Maroc s'est imposé comme un acteur majeur du football africain ces dernières années. De l'organisation réussie de compétitions aux résultats probants de ses sélections nationales – on pense notamment à l'épopée des Lions de l'Atlas à la Coupe du Monde 2022 et aux performances de ses clubs en Ligue des Champions de la CAF –, le Royaume chérifien multiplie les initiatives. Cette dynamique, perçue par certains comme un modèle de développement, est interprétée par d'autres comme une volonté d'exercer une influence excessive sur les instances dirigeantes.
Les critiques fusent régulièrement, notamment en Afrique subsaharienne, où l'on dénonce parfois un déséquilibre de pouvoir au sein de la CAF. L'argument de Lekjaa est clair : si le Maroc investit, propose et s'implique, c'est pour faire avancer le football africain dans son ensemble. Il faut dire que le pays a su capitaliser sur des infrastructures de pointe et une vision stratégique à long terme. La question n'est donc pas de savoir si le Maroc est influent, mais si cette influence est utilisée à bon escient et dans le respect de tous les acteurs.
« Notre ambition est de hisser le football africain au plus haut niveau, pas de prendre le contrôle. Ceux qui pensent le contraire n'ont pas compris notre démarche. » – Fouzi Lekjaa, président de la FRMF
Entre géopolitique et développement sportif : l'enjeu de la CAN 2025
Cette joute verbale intervient dans un contexte délicat, à l'approche de l'organisation de la CAN 2025, attribuée au Maroc. Cette désignation a elle aussi alimenté son lot de controverses, certains y voyant une preuve supplémentaire de l'ascendant marocain. Lekjaa, par cette sortie médiatique, cherche sans doute à désamorcer les tensions et à rassurer les sceptiques.
Le football africain est un terrain fertile pour les enjeux géopolitiques. Chaque décision, chaque attribution, est scrutée à la loupe et peut être sujette à interprétation. Le défi pour le Maroc, et pour Lekjaa en particulier, est de concilier son ambition légitime de leadership sportif avec la nécessité de maintenir un équilibre et une cohésion au sein de la CAF. L'avenir dira si cette défense musclée suffira à apaiser les rumeurs ou si elle ne fera qu'attiser davantage les flammes d'une compétition d'influence qui ne dit pas son nom.
L'activisme du Maroc sur la scène continentale n'est pas un phénomène nouveau, mais son intensité et sa structuration sous l'égide de Fouzi Lekjaa ont atteint un niveau inédit. Historiquement, la Confédération Africaine de Football a toujours été le théâtre d'influences diverses, avec des nations comme l'Égypte, le Cameroun ou la Tunisie exerçant tour à tour un poids considérable sur les décisions et les orientations. Ce qui distingue l'approche marocaine actuelle, c'est une stratégie globale qui dépasse la simple diplomatie sportive. Elle englobe un investissement massif dans les infrastructures, le développement de la formation des jeunes talents – illustré par des académies de renommée comme l'Académie Mohammed VI – et un soutien technique et logistique apporté à d'autres fédérations africaines, notamment francophones. Cette démarche proactive vise à cimenter des alliances et à positionner le Royaume comme un partenaire incontournable, plutôt qu'un simple concurrent.
Les succès sportifs récents de la nation marocaine et de ses clubs sur la scène africaine renforcent indéniablement cette perception d'influence, qu'elle soit légitime ou jugée excessive. Au cours des dernières saisons, les équipes marocaines ont dominé les compétitions de clubs de la CAF, avec des victoires répétées en Ligue des Champions (le Wydad de Casablanca en 2022) et en Coupe de la Confédération (la RS Berkane en 2022 et 2024), démontrant une compétitivité et une organisation qui font défaut à de nombreux rivaux. Ces performances ne sont pas le fruit du hasard mais d'une politique sportive ambitieuse, qui allie investissement financier, professionnalisation des structures et expertise technique. Les enjeux sportifs sont donc doubles : consolider cette hégémonie sur le terrain tout en assurant une représentation forte dans les instances décisionnelles pour défendre les intérêts nationaux et, selon Lekjaa, ceux du football africain dans son ensemble.
Cette dynamique marocaine s'inscrit également dans un contexte de mutation profonde du football mondial et continental. L'Afrique est de plus en plus courtisée par les grandes instances internationales, notamment la FIFA, pour son potentiel de développement et son réservoir de talents. Dans ce paysage, le Maroc se positionne comme un leader capable de porter les ambitions du continent, comme en témoigne sa candidature réussie pour l'organisation de la Coupe du Monde 2030, conjointement avec l'Espagne et le Portugal. L'accusation de "mainmise" pourrait alors être interprétée comme la rançon du succès et d'une ambition affichée. Comparer cette situation à d'anciennes ères où des figures emblématiques comme Issa Hayatou régnaient sans partage sur la CAF, révèle une différence fondamentale : l'influence marocaine actuelle semble davantage basée sur la performance sportive et la capacité à organiser et à investir, que sur un pouvoir personnel ou des réseaux politiques opaques, même si la frontière reste souvent ténue dans le football africain.
