Claude Puel, le retour du « fossoyeur »
Le mardi 26 mai 2026, l'annonce du nom de Claude Puel au stade Geoffroy-Guichard ne passera pas inaperçue. L'entraîneur de l'OGC Nice, fort de ses 600 matchs de Ligue 1, se retrouve face à son ancien club, l'AS Saint-Étienne, dans un barrage qui sent la poudre. Pour beaucoup de supporters stéphanois, Puel est le visage de la descente en Ligue 2, celle de l'automne 2021 qui a précédé la relégation officielle en mai 2022. Une période que personne n'a oubliée dans le Forez.
Puel s'est défendu, lundi, en conférence de presse, arguant que sa mission était de « créer des actifs et générer des fonds pour le club », permettant à Saint-Étienne de se maintenir administrativement. Une justification qui rappelle le destin du club bordelais, mais qui ne suffira sans doute pas à apaiser les rancœurs. Le technicien, qui avait quitté les Verts en décembre 2021, avait pourtant juré de ne plus endosser le rôle de pompier de service, lui qui préfère bâtir des projets sur le long terme.
Nice, un pari risqué pour Puel
Son retour sur la Côte d'Azur, entre Noël et le Jour de l'an, avait déjà surpris. Dix ans après une quatrième place mémorable avec des joueurs comme Hatem Ben Arfa, Jean Michaël Seri et Vincent Koziello, Puel n'avait pas connu de succès équivalent, ses passages à Leicester et Saint-Étienne s'étant soldés par des licenciements. Reprendre un club qu'il connaît, alors 13e du championnat et éliminé en Ligue Europa, semblait un pari calculé. L'idée était de stabiliser, d'imposer sa discipline après un début de saison raté de Franck Haise.
Mais la saison niçoise n'a pas été le long fleuve tranquille espéré. Même son nom, jadis synonyme de rigueur et de succès, a fini par être sifflé à l'Allianz Riviera. Puel a appris à ses dépens que les vieilles recettes ne font pas toujours les meilleurs plats. Ce barrage contre Saint-Étienne, dirigé par Philippe Montanier, est plus qu'un simple match : c'est un duel personnel, une chance pour les Verts d'envoyer au tapis celui qu'ils considèrent comme l'un des artisans de leur chute, et pour Puel, l'occasion de prouver que son expérience n'est pas obsolète.
Ce barrage Ligue 1-Ligue 2, dont l'issue se jouera sur un aller-retour à haute tension, est un mécanisme relativement récent dans le football français moderne, réintroduit pour la saison 2016-2017 afin de dynamiser la fin de saison et d'offrir une dernière chance aux clubs de l'élite en difficulté, tout en récompensant la pugnacité de la Ligue 2. Historiquement, ces confrontations ont souvent tourné en faveur de l'équipe de Ligue 1, mais la pression psychologique et la dynamique de l'équipe de Ligue 2, portée par son élan de fin de saison, ont créé des surprises mémorables. On pense notamment à l'AS Saint-Étienne elle-même, qui avait chuté face à l'AJ Auxerre en 2022, ou au FC Nantes qui avait réussi à se maintenir face à Toulouse en 2021. L'enjeu est colossal, non seulement en termes de prestige sportif mais aussi et surtout sur le plan financier, avec des droits TV et des revenus de sponsoring qui représentent un gouffre entre les deux divisions. Pour l'OGC Nice, une relégation serait un véritable séisme, remettant en question les ambitions d'un club soutenu par le puissant groupe Ineos.
La saison de l'OGC Nice, qui culmine à cette 16ème place de Ligue 1, a été marquée par une spirale négative progressive. Si le début d'exercice avait laissé entrevoir des ambitions européennes, la machine s'est progressivement enrayée, notamment après le départ de l'entraîneur précédent. Claude Puel est arrivé avec la mission de stabiliser un navire qui prenait l'eau, mais il n'a pas réussi à inverser la tendance de manière significative sur la durée. L'équipe a montré des signes de fragilité défensive inhabituelle pour un club de ce standing, encaissant 58 buts en 34 journées, et a peiné à trouver des solutions offensives régulières, avec des attaquants clés comme Terem Moffi ou Gaëtan Laborde n'ayant pas atteint les chiffres espérés. Cette incapacité à performer sur la longueur a généré un climat de tension et de doute, transformant chaque match en une finale. Le défi pour Puel sera de remotiver un groupe potentiellement démoralisé et de trouver la formule tactique pour déjouer une équipe stéphanoise pleine d'appétit.
Du côté de l'AS Saint-Étienne, cette confrontation est l'aboutissement d'une saison de Ligue 2 menée avec détermination. Après une relégation douloureuse en 2022, le club mythique du Forez a su se reconstruire patiemment. Sous la houlette de son entraîneur, les Verts ont affiché une grande solidité défensive et une efficacité redoutable sur les phases de transition, terminant la saison régulière avec la meilleure défense du championnat (seulement 30 buts encaissés). Des joueurs comme Irvin Cardona, auteur d'une fin de saison canon, ou le capitaine Anthony Briançon ont incarné cette résilience. Le parcours en playoffs de Ligue 2, avec des victoires arrachées face à des concurrents féroces, a forgé un mental d'acier au groupe. Au-delà de la simple promotion, ce match revêt une dimension revancharde pour les supporters stéphanois, qui voient en Puel le symbole d'une période sombre. Le stade Geoffroy-Guichard, connu pour son ambiance volcanique, sera sans aucun doute un douzième homme incandescent, prêt à pousser son équipe vers la reconquête de l'élite et à faire payer l'affront de la relégation à celui qu'ils considèrent comme le principal artisan de leur chute.
L'histoire du football français est jalonnée de retours d'anciens entraîneurs ou joueurs dans des contextes tendus. Mais cette situation est particulièrement singulière pour Claude Puel, qui se retrouve à la croisée des chemins, non seulement face à son passé, mais aussi face à sa réputation. Sa capacité à développer les jeunes talents, une marque de fabrique de sa carrière, n'a pas suffi à apaiser les passions stéphanoises. La pression sera immense sur ses épaules, d'autant que son propre bilan récent à la tête de Nice n'est pas flamboyant. Ce barrage est plus qu'un simple match de football ; c'est un duel psychologique, une confrontation entre un passé douloureux et un futur incertain, où l'héritage d'un homme et le destin de deux institutions historiques du football français seront scellés en l'espace de 180 minutes. Le vainqueur sortira grandi de cette épreuve, le vaincu plongera dans une crise profonde, et le scénario de cette confrontation restera gravé dans les annales.
