Il ne fallait pas être cardiaque. L'Algérie a vécu une soirée de folie à Kansas City, conclue sur un nul spectaculaire face à l'Autriche (3-3) qui envoie les Fennecs en seizièmes de finale du Mondial 2026. Au terme d'un match à rebondissements, l'Algérie valide son billet pour le tour suivant, douze ans après sa dernière qualification en phase finale. Et elle le fait avec panache, confirmant son retour au premier plan du football mondial.
Un scénario digne des plus grands thrillers
Tout avait pourtant mal commencé pour les hommes de Djamel Belmadi. Menés dès la 28e minute sur un but d'Arnautovic, les Algériens ont d'abord cru au cauchemar. Le coup de froid était brutal. Mais cette équipe a du caractère, un mental d'acier forgé dans les moments difficiles. Belghali égalisait juste avant la pause (45e), après un gros travail de Mahrez, redonnant espoir à tout un pays. La première période se terminait sur un score de parité, mais l'Autriche montrait des signes de danger.
Au retour des vestiaires, le scénario se répétait. Sabitzer redonnait l'avantage à l'Autriche à la 55e minute. Un nouveau coup de massue. Les Fennecs étaient dos au mur. Mais de nouveau, ils ont répondu. Riyad Mahrez, le capitaine, prenait ses responsabilités et égalisait à la 60e minute. Deux fois menés, deux fois revenus. Le constat est sans appel : cette équipe refuse de plier. Cette capacité à réagir sous pression est le signe des grandes équipes, celles qui ne lâchent rien.
Mahrez, le héros qui a refusé le calcul et écrit l'histoire
C'est là que le match bascule dans la légende. À 2-2, le match nul arrangeait tout le monde. Il qualifiait les deux équipes pour les seizièmes de finale. Beaucoup se seraient contentés de geler le ballon, de gérer le temps, d'assurer le point du nul. Pas l'Algérie. Les Fennecs ont osé. Ils ont voulu gagner, pas calculer. Ils ont attaqué, cherchant la victoire jusqu'au bout. Le symbole est fort.
Dans le temps additionnel (90e+3), Riyad Mahrez, encore lui, a planté le 3-2. Un but qui envoyait virtuellement l'Autriche à la trappe, les éliminant de la compétition. Le stade explosait, les supporters algériens exultaient. L'Algérie avait fait le choix de la dignité, de l'offensive. Une décision courageuse qui aurait pu se payer cher. L'Autriche a certes égalisé dans la foulée (90e+4) par Kalajdzic, assurant finalement sa propre qualification, mais le message était passé : cette Algérie-là n'a pas triché. Elle a joué son football, sans compromis.
La revanche de 1982, quarante-quatre ans après
Et comment ne pas y voir un clin d'œil du destin ? Quarante-quatre ans après le tristement célèbre « match de la honte » de la Coupe du Monde 1982 en Espagne, les Fennecs ont cette fois écrit l'histoire à l'endroit. En 1982, l'Algérie, brillante pour sa première participation, avait créé la sensation en battant la RFA (2-1) en phase de groupes. Mais elle fut éliminée par un arrangement tacite entre l'Autriche et la RFA. Les deux nations européennes avaient joué un non-match (victoire 1-0 de la RFA), suffisant pour les qualifier toutes les deux, au détriment de l'Algérie.
Ce scandale, qui avait provoqué l'indignation mondiale et conduit la FIFA à modifier les règles pour que les derniers matchs de groupes se jouent simultanément, est resté une cicatrice profonde pour le football algérien. En refusant l'arrangement tacite d'un 2-2 qui qualifiait tout le monde, Mahrez et les siens ont lavé un vieil affront. Ils ont montré que le fair-play et l'ambition de victoire prévalaient sur le calcul cynique. La boucle est bouclée, et de la plus belle des manières. C'est une victoire morale qui dépasse le simple résultat sportif.
Cap sur la Suisse et Petkovic : un duel aux multiples enjeux
L'Algérie connaît déjà son adversaire en seizièmes de finale : ce sera la Suisse, le 3 juillet. Un duel qui s'annonce particulier à plus d'un titre. La Nati est une équipe solide, réputée pour son organisation et sa rigueur tactique. Mais surtout, les Fennecs retrouveront leur ancien sélectionneur, Vladimir Petkovic. Le technicien bosnien, qui a dirigé l'Algérie entre 2022 et 2024, se retrouvera face à son passé, face à des joueurs qu'il connaît parfaitement. Une confrontation qui ajoute une dimension psychologique non négligeable à ce seizième de finale.
Un tirage qui reste abordable pour une équipe qui monte en puissance et qui vient de prouver, dans la douleur, qu'elle avait les nerfs solides. Le football africain place une nation de plus en seizièmes, confirmant sa progression constante sur la scène mondiale. L'Algérie, portée par un Mahrez des grands soirs et une détermination inébranlable, peut désormais voir plus loin. Le chemin est encore long, mais cette qualification arrachée avec panache donne une confiance immense pour la suite de l'aventure mondiale. 🇩🇿
