Le Sénégal, au bout du suspense
Le 24 mai 2026, le Complexe Mohammed VI a été le théâtre d'un quart de finale de la CAN U17 absolument dantesque. Le Sénégal s'est qualifié pour les demi-finales en venant à bout du Mali (1-1, 4-2 aux tirs au but). Une victoire arrachée, qui en dit long sur le caractère de cette jeune génération.
Dès l'entame, les Lionceaux affichent leurs intentions. Mouhamed Wagne bute sur le gardien malien Diarra à la 7e minute, mais le ton est donné. L'ouverture du score intervient sur penalty, transformé par Souleymane Commissaire Faye à la 17e minute, après une faute sur Cheikh Oumar Sy confirmée par la VAR. Le Sénégal mène, mais le match bascule brutalement.
L'expulsion qui change tout
La 33e minute marque un tournant. Cheikh Thior est expulsé pour une faute en tant que dernier défenseur, après consultation de la vidéo. Réduits à dix, les Sénégalais voient le Mali prendre le contrôle. La seconde période est une longue épreuve de résilience. Les Maliens poussent, le Sénégal plie sans rompre, notamment grâce à un Assane Sarr décisif à la 67e minute. Un but malien est même annulé pour hors-jeu à la 73e.
Mais le football est cruel. Dans le temps additionnel, Djigui Koïta égalise pour le Mali, envoyant les deux équipes aux tirs au but. Une séance où les nerfs sénégalais ont tenu bon. Cheikh Dieng, Emile Niaga Sadio, Ibrahima Sow et Sega Fall Mbodji convertissent leurs tentatives. Malgré l'échec d'Ahmadou Bamba Kane, Assane Sarr, encore lui, stoppe la tentative d'Aboubacar Maïga, scellant la qualification (4-2).
« Je suis très content et fier de l’équipe parce que [...] être réduits à 10 et défendre pendant une grande partie de la rencontre, c’est une preuve d’énorme solidarité. » — Mohamet Ba, après la qualification.
Cette victoire est un message fort. Elle démontre une force mentale rare à cet âge. Le 25 mai 2026, Ibrahima Sow, le milieu de terrain, confiait sa déception après son carton rouge, mais saluait le mental de l'équipe. Mohamet Ba, lui, insistait sur la solidarité affichée. Ces Lionceaux-là ont du caractère, et ils en auront besoin. En demi-finale, ils retrouveront le Maroc, vainqueur du Cameroun (1-0) dans l'autre quart de finale. Un nouveau défi de taille les attend, mais après ce qu'ils viennent de montrer, rien ne semble impossible.
Cette qualification des "Lionceaux" n'est pas qu'une simple victoire ; elle est le reflet d'une dynamique profonde qui traverse le football sénégalais depuis plusieurs années. La CAN U17, bien plus qu'un tournoi continental, est une étape cruciale dans le développement des futures stars et une porte d'entrée vers la Coupe du Monde U17 de la FIFA. Pour le Sénégal, dont l'équipe nationale senior a triomphé à la CAN en 2021, l'ambition est claire : maintenir cette excellence à tous les niveaux, des catégories jeunes aux A. Cette génération U17, souvent comparée à ses aînés pour son caractère et sa résilience, incarne parfaitement cette volonté. Historiquement, des nations comme le Mali, le Nigeria ou le Ghana ont souvent dominé ces compétitions de jeunes, mais le Sénégal a progressivement bousculé cette hiérarchie, investissant massivement dans la formation et les infrastructures, à l'image du Complexe Mohammed VI qui accueillait ce quart de finale et qui symbolise l'engagement africain pour l'éclosion des talents.
Le duel entre le Sénégal et le Mali est toujours un classique en Afrique de l'Ouest, une rivalité footballistique intense qui transcende les catégories d'âge. Ces confrontations sont souvent des batailles tactiques et physiques, où l'engagement est total. Pour les jeunes joueurs, affronter un rival régional de cette trempe en quart de finale de la CAN U17, avec la pression d'une qualification en jeu, est une expérience formatrice inestimable. Après avoir pris l'avantage et subi l'expulsion de Cheikh Thior, puis l'égalisation malienne dans les ultimes instants, la capacité des Lionceaux à se remobiliser pour la séance de tirs au but démontre une maturité et une force mentale rares à cet âge. Le gardien Assane Sarr, déjà décisif durant le match, a su maintenir ses nerfs, transformant ce moment de haute tension en un tremplin pour son équipe, une performance qui rappelle l'importance capitale du dernier rempart dans ces situations extrêmes et qui peut forger une légende personnelle.
Au-delà de la qualification, ce match est un révélateur de talents. Des joueurs comme Souleymane Commissaire Faye, buteur sur penalty, ou Mouhamed Wagne, déjà dangereux en début de match, sont scrutés par les recruteurs du monde entier. La CAN U17 est une vitrine essentielle pour ces jeunes pépites africaines, offrant une plateforme pour démontrer leur potentiel et potentiellement décrocher un contrat professionnel en Europe ou ailleurs. La performance collective, la capacité à s'adapter à l'infériorité numérique et à gérer la pression d'une séance de tirs au but, sont autant d'indicateurs précieux pour les observateurs. Pour le football sénégalais, cette victoire face à un adversaire redoutable comme le Mali confirme la profondeur de son vivier et sa capacité à produire des générations successives de joueurs aptes à rivaliser au plus haut niveau continental et international, garantissant ainsi la pérennité de son succès.
